ARABEL

Société Arachnologique de Belgique

Araignée européenne de l’année 2026

27/01/2026 | Araignée européenne de l'année

la Mangore petite-bouteille — Mangora acalypha (Walckenaer, 1802)

Photo 1. Habitus (Photo : banque d’images ARABEL / André Hermans)

Informations

La mangore petite-bouteille (Photo 1), Mangora acalypha (Walckenaer, 1802), appartient à la famille des Araneidae (araignées orbitèles), caractérisées par la construction d’une toile orbiculaire typique. Avec 198 genres et plus de 3160 espèces différentes, il s’agit de la troisième plus grande famille d’araignées au monde. Le genre Mangora compte 190 espèces, dont celle-ci est la seule présente en Europe.

Répartition, habitat et statut de protection

La mangore petite-bouteille est présente dans toute la région paléarctique et vit dans l’ensemble de l’Europe, de préférence dans les zones de basse altitude à collinéennes (jusqu’à 800 m au-dessus du niveau de la mer). Au-delà, les observations deviennent plus rares avec l’augmentation de l’altitude (jusqu’à 1000 m en Allemagne et même jusqu’à 1500 m en France).
L’espèce peut être trouvée dans de nombreux habitats, principalement ensoleillés, tels que les pelouses sèches, les prairies, les jardins, les friches et les zones forestières ouvertes. Comme elle est commune et présente dans de nombreux types de milieux, elle est classée dans les Listes rouges comme « non menacée ».

Mâle (Photo : banque d’images ARABEL / Ludwig Jansen)

Description

La longueur du corps des femelles (Photo 1) est de 4,5 à 6 mm, tandis que les mâles (Photo 2) sont un peu plus petits, avec 3 à 3,5 mm. Les deux sexes se ressemblent quant à la coloration et au motif dorsal de l’abdomen. Le céphalothorax est entièrement jaunâtre clair ou brun verdâtre, avec un bord noir et une bande médiane noire. L’abdomen est blanchâtre à jaune.

Le motif dorsal est caractéristique : il se compose de trois bandes sombres, plus précisément de trois rangées de points noirs reliés par des lignes longitudinales. Le motif (Photos 1 & 3) est interprété différemment selon les pays. En Angleterre, on y voit une batte de cricket, d’où le nom ‘Cricket-bat orb-weaver‘. Ailleurs, le dessin est simplement perçu comme une série de bandes, comme dans notre pays en région flamande (‘driestreepspinnen‘) et dans les pays germanophones (‘Streifenkreuzspinne‘), ou même comme une petite bouteille, comme en France (‘mangore petite-bouteille‘).

Photo 3. Motif dorsal (Photo : banque d’images ARABEL / Ruben Foquet)

Mode de vie

La mangore petite-bouteille se reproduit de la fin du printemps à l’été. Les adultes peuvent être observés d’avril à août. La femelle pond ses œufs à partir d’environ la mi-mai. Le cocon, fait de soie blanche, a un diamètre de 4 à 5 mm et contient une vingtaine d’œufs. Les jeunes éclosent en juillet et subissent alors leur première mue. Ils hivernent au sol, entre la mousse, la litière de feuilles ou les touffes d’herbes. Au printemps, ils continuent à croître et à muer jusqu’à atteindre l’âge adulte.

Cette araignée construit sa toile orbiculaire aussi bien près du sol dans la strate herbacée que dans les buissons, généralement dans des habitats ouverts et ensoleillés. La toile, d’un diamètre d’environ 20 à 30 cm, est la toile orbiculaire la plus finement tissée de nos régions. Elle comporte 40 à 60 rayons, presque autant de spires, et possède un centre extrêmement finement tissé (Photo 4).

Photo 4. Centre de la toile orbiculaire finement tissé (Photo : banque d’images ARABEL / Luc Regniers)

La mangore petite-bouteille ne construit pas de refuge séparé et reste le plus souvent, pendant la journée, au centre de sa toile. Lorsqu’elle est dérangée, elle se cache rapidement dans la végétation environnante ou se laisse tomber au sol au bout d’un fil de sécurité. Là, la couleur de son corps devient immédiatement plus grise, ce qui la rend moins visible pour les attaquants. Il s’agit d’une adaptation particulière que peu d’araignées indigènes possèdent.

Son régime alimentaire se compose principalement de petits insectes volants, comme les moustiques et les mouches, qui se prennent dans sa toile (photo 5).

Photo 5. Femelle avec une proie (jeune sauterelle) (Photo : banque d’images ARABEL / Bert Van der Krieken)

Espèces similaires

Il n’existe pas, chez nous, d’espèces semblables : la mangore petite-bouteille est facilement reconnaissable grâce au motif unique de son abdomen.

Pourquoi la mangore petite-bouteille a-t-elle été choisie comme Araignée européenne de l’année ?

La mangore petite-bouteille est commune et largement répandue, ce qui en fait une espèce que l’on peut trouver presque partout lors de promenades et d’excursions dans la nature, y compris dans des environnements humanisés comme les jardins. De plus, elle est facile à reconnaître : non seulement l’araignée elle-même est inconfondable grâce au motif caractéristique de son abdomen, mais sa toile, avec son grand nombre de rayons, de spires et son centre densément tissé, se distingue aisément de celles des autres araignées à toile orbiculaire de nos régions. En y regardant de plus près, c’est tout simplement une jolie petite araignée qui, en cas de danger, peut même atténuer l’intensité de sa couleur.

Par l’élection de l’araignée de l’année, nous essayons non seulement de mettre en valeur un groupe d’animaux moins populaire, mais aussi d’aider les scientifiques à collecter davantage de données sur sa répartition actuelle. Dans cette optique, gardez l’œil ouvert lors de votre prochaine promenade, même dans votre jardin, et aidez à documenter cette espèce en signalant vos observations (de préférence avec une photo), par exemple via l’application ObsIdentify.

L’Araignée européenne de l’année est coordonnée par le Naturhistorisches Museum Wien, en collaboration avec l’Arachnologische Gesellschaft (AraGes) et l’European Society of Arachnology (ESA).

Christoph Hörweg, Norbert Milasowszky & Koen Van Keer

J Belg Arachnol Soc 2025 – Vol 40(1, 2)

05/08/2025 | Journal of the Belgian Arachnological Society (2021 - en cours)

  • J Belg Arachnol Soc 2025 40(1)

Contribution à la connaissance de l’aranéofaune du Maroc (Arachnida : Araneae)

04/04/2025 | Contributions arachnologiques

Contribution to the knowledge of the spider fauna of Morocco (Arachnida: Araneae) – Second note

Téléchargez le pdf: Contribution to the knowledge of the spider fauna of Morocco

Araignée européenne de l’année 2025

06/02/2025 | Araignée européenne de l'année

La Ségestrie commune — Segestria senoculata (Linnaeus, 1758)

Informations

La Ségestrie commune, Segestria senoculata (Linnaeus, 1758), appartient à la famille des Segestriidae (araignées à six yeux), qui regroupe cinq genres et 181 espèces dans le monde. Le genre Segestria comprend 22 espèces, dont huit vivent en Europe et trois en Belgique.

Répartition, habitat et vulnérabilité

La Ségestrie commune possède une répartition paléarctique et se trouve dans toute l’Europe. Elle vit à des altitudes allant du niveau de la mer jusqu’à la limite des arbres, environ 2200 m (dans les Alpes centrales). On la trouve principalement dans les forêts, les tas de bois ou de débris. Cette espèce est commune, et son habitat est largement disponible, ce qui lui vaut d’être classée comme non menacée dans les listes rouges.

Photo 1 : Ségestrie commune présentant une bande médiane lobée sur l’abdomen.

Description

La longueur du corps est de 7 à 10 mm pour les femelles et de 6 à 9 mm pour les mâles, ces derniers étant légèrement plus petits. Les deux sexes partagent la même couleur et les mêmes motifs. Le céphalothorax est brun brillant, et l’abdomen ovale est beige/gris pâle avec une bande médiane brun foncé lobée sur les côtés. Ce motif rappelle celui d’un serpent, ce qui vaut à cette espèce le nom anglais de « snake-back spider » (photo 1). Les pattes sont brun clair avec des anneaux foncés.

Contrairement à la majorité des araignées, qui possèdent huit yeux, les Ségestries n’en ont que six. Ces yeux sont disposés en trois paires formant un « H » lorsqu’on les observe de dessus (photo 2).

Photo 2 : portrait détaillé des six yeux.

Mode de vie

Comme toutes les araignées à six yeux, la Ségestrie commune est principalement nocturne et construit une toile caractéristique pour capturer ses proies. Cette toile consiste en un tube soyeux tissé dans des fissures ou des crevasses (sous l’écorce des arbres, entre les pierres, etc.). Des fils de soie rayonnent depuis l’entrée de ce tube (photo 3). Ces fils, dépourvus de substance adhésive, transmettent les vibrations à l’araignée cachée dans le tube lorsqu’un insecte les effleure. Appelés fils de détection, ils sont posés sur de minuscules amas de soie pour éviter qu’ils touchent directement la surface, garantissant ainsi une transmission optimale des vibrations.

Photo 3 : retraite tubulaire de la Ségestrie dont les fils de déclenchement sont clairement visibles.

Lorsqu’un insecte marche sur ces fils, l’araignée bondit rapidement hors de son tube, saisit la proie avec ses crochets venimeux et la traîne dans son abri. Il est fascinant d’observer comment l’araignée détermine immédiatement la direction de sa proie en fonction des fils qui ont transmis les signaux.

Une autre stratégie consiste à neutraliser les proies « dangereuses » comme les insectes dotés de défenses (abeilles, guêpes, ou même des pinces de perce-oreilles). Une fois dans le tube, ces proies ne peuvent plus utiliser efficacement leurs armes, faute de place pour les manœuvrer. Ainsi, tirer rapidement une proie dans le tube est une excellente adaptation.

Après le coucher du soleil, la Ségestrie commune se tient en embuscade à l’entrée de son tube, prête à saisir toute proie de passage (photo 4). La position de ses pattes est caractéristique : les trois premières paires pointent vers l’avant, tandis que la dernière est dirigée vers l’arrière, une particularité unique chez les araignées.

Photo 4 : Ségestrie en position d’embuscade typique, avec trois paires de pattes pointées vers l’avant et une paire pointée vers l’arrière.

Reproduction

Pendant la saison des amours, les mâles quittent leur tube pour chercher des femelles. Les mâles adultes peuvent être observés toute l’année (photo 5). Lorsqu’un mâle arrive près de la toile d’une femelle, il tambourine sur les fils de détection. Si la femelle ne réagit pas agressivement, l’accouplement a lieu. Le mâle saisit l’abdomen de la femelle avec ses chélicères écartées.

Après l’accouplement, la femelle féconde ses œufs (60 à 180) dans son tube et les enveloppe dans un cocon ovale. Il faut environ deux ans à la Segestrie commune pour atteindre l’âge adulte.

Photo 5 : mâle adulte.

Espèces apparentées

Deux autres espèces de Segestriidae vivent en Europe centrale et en Belgique :

  • La Ségestrie des murs (Segestria bavarica), un peu plus grande (jusqu’à 14 mm). La bande médiane sombre sur l’abdomen semble traversée par une ligne pointillée claire (photo 6). C’est une espèce très courante dans les environnements bâtis.
  • La Ségestrie florentine (Segestria florentina) peut atteindre 22 mm et présente généralement un abdomen noir. Ses chélicères vert métallique sont particulièrement remarquables. Cette espèce, plus méridionale, est plus rare en Belgique (photo 6).

Les Ségestries des murs et florentine se trouvent principalement à proximité des bâtiments.

Photo 6 : différence dans les motifs abdominaux entre les trois espèces trouvées en Belgique.

Pourquoi la Ségestrie commune a-t-elle été choisie comme Araignée européenne de l’année ?

Cette espèce met en lumière une famille d’araignées peu connue, les Segestriidae, avec des caractéristiques remarquables: six yeux au lieu de huit, une toile particulière associée à une technique de chasse spectaculaire, et une position des pattes unique chez les araignées.

En désignant une araignée de l’année, nous espérons non seulement attirer l’attention sur un groupe d’animaux souvent mal-aimé, mais également recueillir davantage de données sur sa répartition actuelle. Alors, lors de votre prochaine promenade en forêt, ouvrez l’œil et contribuez à documenter cette espèce en partageant vos observations (de préférence avec photo) via l’application ObsIdentify.

L’Araignée européenne de l’année est coordonnée par le Naturhistorisches Museum Wien, en collaboration avec l’Arachnologische Gesellschaft (AraGes) et la European Society of Arachnology (ESA).

Christoph Hörweg, Norbert Milasowszky & Koen Van Keer

J Belg Arachnol Soc 2024 – Vol 39(1, 2)

18/08/2024 | Journal of the Belgian Arachnological Society (2021 - en cours)

Description de quatre nouvelles espèces de Steatoda (Araneae : Theridiidae) de la région méditerranéenne et notes sur quelques espèces apparentées.

22/07/2024 | Contributions arachnologiques

Description of four new Steatoda species (Araneae: Theridiidae) from the Mediterranean region with notes on some related species

Téléchargez le pdf: Description of four new Steatoda species from the Mediterranean region

Photo du printemps (2024)!

10/04/2024 | Photo du mois

« Introduced (Zoropsis spinimana) versus introduced (Parasteatoda tepidariorum) spider species”

Photo: Christel Kriss

Deux nouveaux genres de théridiidés d’Asie du Sud-Est (Araneae : Theridiidae, Argyrodinae) : des mâles dotés d’un nez pour faire la cour

01/04/2024 | Contributions arachnologiques

Two new theridiid genera from Southeast Asia (Araneae: Theridiidae, Argyrodinae): males with a nose for courtship

Téléchargez le pdf: Two new theridiid genera from Southeast Asia

Araignée européenne de l’année (ESY) – histoire

07/02/2024 | Araignée européenne de l'année

Depuis l’an 2000, un groupe d’experts d’Allemagne, d’Autriche et de Suisse choisit une espèce d’araignée qui sera sous les feux de la rampe pendant un an. Après l’Argyronète (Argyroneta aquatica – 2000), ce fut le tour de l’Épeire fasciée (Argiope bruennichi – 2001), de la Pisaure admirable ( Pisaura mirabilis – 2002), du Pholque phalangide (Pholcus phalangioides – 2003) et de la Micrommate émeraude (Micrommata virescens – 2004). La société belge d’arachnologie ARABEL a été la première à « ouvrir » le projet initialement germanophone. En 2005, cela s’est traduit par l’élection et la proclamation communes de la Saltique chevronnée (Salticus scenicus), la première araignée européenne de l’année. D’autres associations européennes ont rapidement suivi et, en 2024, 84 arachnologues de 27 pays européens y participent.

L’élection prend en compte plusieurs critères, certains critères ayant plus de poids en fonction du message que l’on veut faire passer à travers l’araignée choisie. Par exemple, la Thomise variable (Misumena vatia – 2006) était idéale pour mettre en évidence certaines facettes moins connues des araignées, comme le fait que de très nombreuses araignées ne tissent pas de toile, sont souvent joliment colorées, ont des stratégies de chasse différentes, …

De Lycose cendrée (Arctosa cinerea – 2007) a de nouveau attiré l’attention sur le fait que la disparition de différents types d’habitats naturels entraîne également la disparition d’espèces animales. Un problème qui n’est pas seulement mondial, mais aussi propre à notre pays.

En 2024, nous célébrerons donc un double « anniversaire » : 25 ans d’existence de l' »Araignée de l’année » et 20 ans d’existence de l' »Araignée européenne de l’année ».

Araignée de l’année en Europe germanophone :

– 2000:        Argyroneta aquatica (Argyronète)
– 2001:        Argiope bruennichi (Épeire fasciée ou Argiope frelon)
– 2002:        Pisaura mirabilis (Pisaure admirable)
– 2003:        Pholcus phalangioides (Pholque phalangide)
– 2004:        Micrommata virescens (Micrommate émeraude)

Araignée européenne de l’année

– 2005:        Salticus scenicus (Saltique chevronnée ou Saltique Arlequin)
– 2006:        Misumena vatia (Thomise variable)
– 2007:        Arctosa cinerea (Lycose cendrée)
– 2008:        Tegenaria spp. (Tégénaires)
– 2009:        Hyptiotes paradoxus (Araignée triangle)
– 2010:        Araneus diadematus (Épeire diadème)
– 2011:        Agelena labyrinthica (Agélène à labyrinthe)
– 2012:        Meta menardi (Araignée commune des grottes)
– 2013:        Atypus affinis (Mygale à chaussette)
– 2014:        Linyphia triangularis (Linyphie triangulaire)
– 2015:        Anyphaena accentuata (Anyphène à chevrons)
– 2016:        Cyclosa conica (Épeire conique)
– 2017:        Nuctenea umbratica (Épeire des fissures)
– 2018:        Steatoda bipunctata (Stéatode à deux points)
– 2019:        Myrmarachne formicaria (Saltique fourmi)
– 2020:        Dolomedes fimbriatus (Dolomède des marais ou Dolomède bordé)
– 2021:        Ero furcata (Araignée cannibale fourchue)
– 2022:        Hygrolycosa rubrofasciata (Araignée-loup à face rouge)
– 2023:        Cheiracanthium punctorium (Chiracanthe nourrice)
– 2024:        Nesticus cellulanus (Nestique alvéolé)

Araignée européenne de l’année 2024

07/02/2024 | Araignée européenne de l'année

La Nestique alvéolé – Nesticus cellulanus (Clerck, 1757)

>